Démocratie Idées Messages — 26 mai 2014

1. La victoire électorale du Front national oblige tous les citoyens de bonne foi à rompre avec les discours communs à la droite comme à la gauche et qui affirment que ce vote est un vote protestataire, un vote de contestation et dans le fond un vote sans signification réelle. Ces discours égrenés depuis les quinze années de la montée en puissance de ce parti, visible pour tous ceux qui ont des yeux pour voir, ont permis à tous les partis qui se disent de gouvernement de ne pas s’interroger sur ce vote, sur tous ces Français qui ne veulent plus d’eux, sur tous ces Français qui ne leur reconnaissent plus leur légitimité à gouverner le pays. La manière de gouverner la France face au chômage de masse, face à la déconstruction d’une partie des solidarités qui ont soutenu la société française depuis 1945, face à la construction européenne, face à la mondialisation, c’est de cela que les Français veulent que les candidats aux élections parlent et c’est ce qu’ils ne font pas, sans la clarté, sans l’honnêteté, sans le courage nécessaire.
L’échec des partis de droite et du centre comme l’échec du parti socialiste qui est aujourd’hui au pouvoir est la preuve que les Français ont mieux anticipé que la classe politique actuelle la mesure des changements. L’échec en France des partis d’extrême gauche où qui n’ont jamais assumé leur présence dans des gouvernement est aussi la preuve que les Français ne veulent pas de passagers clandestins de la démocratie qui s’épargnerait la responsabilité de gérer la réalité quotidienne des citoyens au profit d’une confortable et lointaine position critique.

2. Les partis périssent par là où ils ont pêché. L’Europe n’a jamais été assumée pleinement par la classe politique française, à quelques exceptions près.
Oui ! Il faut assumer l’Union européenne, il faut assumer cet espace de droit et de progrès sociaux depuis plus de 60 ans autant qu’il faut dire qu’il y a une panne politique aujourd’hui. Cette panne est imputable à de nombreuses raisons, certaines extérieures à la France, mais comment donner des leçons ? Comment proposer un chemin vers une Union plus juste et plus efficace, quand toute notre classe politique joue toujours contre le projet européen. Nous jouons contre le principe même de l’Union en refusant la construction d’un ensemble plus grand, plus solidaire, plus ouvert. Depuis dix ans la classe politique française ne voit l’Union que comme un lieu où tenter d’exercer des rapports de force au mépris de la démocratie et des peuples sans même voir la vanité et l’inefficacité d’une telle attitude dont Nicolas Sarkozy est la meilleure et la plus triste incarnation. Finalement, en votant pour le parti du repli sur soi, les Français ne font que suivre la politique de gauche et de droite face à l’Europe quand la France ne connaît que des intérêts à courte vue à la mesure de son élite centrée sur elle-même. L’affaire du rachat d’Alstom est un exemple frappant : faute d’avoir anticiper quand cela était possible, le gouvernement se trouve obligé d’hésiter entre un protectionnisme qui fait fuir les investisseurs et la vente à un groupe américain. Au lieu d’avoir bâti un groupe européen il y a dix ans, quand il fallait faire un choix politique, nous avons attendu que la réalité nous rattrape, à force de ne faire les choses qu’à la mesure des élites en place nous agissons contre l’intérêt national.
La faillite européenne des partis français est due à leur totale absence de courage largement relayée par les médias et en particulier la télévision publique qui depuis des années refuse de faire de l’Europe une réalité tangible par les Français.

3. La faillite des partis de gouvernement à convaincre les citoyens de leurs capacités à conduire le pays qui a profondément changé depuis 1945, dans un monde plus ouvert, plus interdépendant, dans une société où le travail est plus discontinu, dans une société plus individualiste et plus interdépendante, ne fait pas du programme du FN une solution viable. Le péril est donc aussi grand qu’il est imminent puisque d’ici deux ans nous avons à faire face à au moins trois élections majeures – si on met de côté les élections cantonales – : les élections régionales, les élections présidentielles et les élections législatives. Les grands partis démocratiques et qui ne prônent de construire face à un monde de plus en plus ouvert une France toujours plus petite font face à la possibilité directe et concrète de perdre les institutions du gouvernement national et celles des régions. Cependant, la lucidité oblige à ne plus croire qu’il existera face au FN d’ici deux ans une combinaison électorale pour lui faire obstacle.
Non, aujourd’hui, c’est sur le terrain du FN que les démocrates doivent le combattre, sur celui du projet, sur celui du rêve légitime des Français d’un monde meilleur pour eux et pour leurs enfants. Il faudra alors aller sur le terrain où le FN refuse d’aller : celui du concret, du quotidien, de la vie, lui qui se réfugie dans des discours d’autant plus emportés qu’ils sont en contradiction avec la réalité. Il faut que se réveillent maintenant les forces du progrès et de la justice pour poser les questions nécessaires à l’action :
Quelle école pour l’avenir de nos enfants ? Quelle université pour bâtir la recherche française, pour soutenir l’innovation ? Quelles collectivités territoriales pour construire un tissu social,économique et politique assez dense pour soutenir les entreprises, pour permettre l’investissement et la solidarité.

4. Les Français n’ont pas peur du changement, il y a un mandat clair, il y a une attente. Il ne manque que le courage aux derniers démocrates qui voudront permettre à la France de ne pas renouer avec avec les spectres des régimes autoritaires et xénophobes. La responsabilité qui pèse sur ceux qui aujourd’hui ont des mandats politiques est énorme, ce ne sont pas leurs postes qui sont en jeu mais notre démocratie toute entière. Cette responsabilité est pleinement étendue aux partenaires sociaux : de leur capacité à créer un dialogue social productif et constructif au service de l’emploi et de la croissance en particulier sans les territoires dépend d’abord leur crédibilité mais ensuite leur capacité à convaincre les Français que la démocratie est un régime politique efficace et donc crédible. Aucun de ceux qui tiennent aujourd’hui un mandat politique ne peut prétendre ne pas être concerné par ce besoin de transformation de notre République, tous ceux qui le refusent, tous ceux qui sont de mauvaise foi seront frappés toujours plus durement aux prochaines élections et avec eux toute la démocratie en France et en Europe.

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Yvan Lubraneski