Démocratie Messages — 08 janvier 2015

Mercredi 7 janvier, en fin de matinée, trois hommes lourdement armés ont attaqué les locaux du journal satirique Charlie Hebdo et tué douze personnes, des auteurs comme Charb, Wolinski, Cabu ou Bernard Maris, ainsi que des policiers chargés de la protection du journal, et en blessant plusieurs autres. En visant un journal, c’est la liberté de s’exprimer, la liberté de la presse, qui est visée. Les rédacteurs et dessinateurs de Charlie Hebdo n’étaient pas des combattants de la liberté même s’ils étaient conscients que l’exercice de la liberté avait un prix fort ; non, ils étaient simplement des démocrates qui avaient compris que sans liberté d’expression, il n’y a pas de démocratie. Ce sont les bases de la démocratie que les terroristes voulaient frapper de terreur.

Au plus profond de son origine le mot de terreur signifie le tremblement. Précisément, ce tremblement qui prend tout entier celui qui est en proie à une peur immense. L’objectif des terroristes a toujours été d’imposer à leurs victimes la peur et par conséquent ce tremblement. Le tremblement, non seulement, empêche d’agir, de répliquer à l’agression que l’on subit, mais encore, il empêche de continuer ce que nous étions en train de faire. Les terroristes de mercredi ne se sont pas directement attaqués à l’Etat français, ils s’en sont pris à un symbole du mode de fonctionnement pluraliste de notre société. La finalité de l’action terroriste est d’empêcher les sociétés qu’elles frappent de continuer à vivre comme elles font. Il y a dans le terrorisme une haine non seulement de ceux qu’il attaque mais encore de la manière dont ils vivent, de ce qui les fait agir, de leurs valeurs et de leurs projets. En les frappant, les terroristes veulent empêcher ceux qu’ils haïssent d’être ceux qu’ils sont.

L’objectif des terroristes en tous genres, ceux qui ont frappé Charlie Hebdo, comme tous les autres par le passé et dans l’avenir, n’est pas de détruire toutes leurs victimes. Ce que les terroristes appellent de leurs vœux est une réaction violente, immodérée et injuste de la part de leurs victimes. Le but des terroristes est de produire chez leurs victimes une volonté de guerre qui ne pourra s’appliquer pas plus efficacement que justement, puisque les terroristes auront depuis longtemps regagné le brouillard, par leur fuite ou par leur mort et qu’il n’y aura plus de responsables à frapper. Il ne restera que la peur et la haine, la réduction à des idées simples qui ne peuvent engendrer qu’un surcroît de violence.

Il y aura dans les temps qui viennent des voix pour demander des réactions fortes. Ces voix et ces appels sont compréhensibles, ils sont à la mesure de la gravité des actes commis, à la mesure du choc et de la peur. Il ne faut pas oublier non plus que c’est précisément cela qu’attendent les terroristes. Ils nous demandent de changer, de nous radicaliser, de nous renier. Face à cette violence, face à cette négation de ce que nous sommes, de ce que nous représentons et de ce que nous croyons, il est nécessaire, comme presque tous les représentants des Français l’ont déjà dit, d’être unis. Cette union doit être intelligente, à la hauteur des événements et du risque réel qui plane sur nous.

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Yvan Lubraneski