Démocratie Idées Messages — 24 décembre 2015

Deux jours prostrés devant nos télés, nos radios, nos réseaux sociaux… et puis ce matin, chacun est reparti la boule au ventre, à la gorge, mais nous sommes repartis. Et puis, et puis, cette minute de silence, lourde, grave mais solidaire. Les visages croisés depuis ce matin sont différents, parce qu’au fond de nous, chacun sait que ce ne sera plus pareil.
Et déjà les mots différent sur les ondes : attentat, acte de guerre… drapeau français, Marianne…
Et déjà, les partis politiques, cachés derrière leur unité nationale, différent dans leur analyse et leurs discours et ne tarderont pas à nous rejouer leur vieille droite/gauche lassante, exacerbée et surtout qui ne prend plus.

Mais après tout, est ce cela l’important?…
L’important à mes yeux, c’est que chacun comprenne que nous ne venons pas de vivre un événement. Pas comme Charlie. Non, pas comme Charlie qui a été si vite oublié et dévoyé.

Ce que nous venons de vivre, et qui va nous poursuivre, est bel et bien la naissance de ce que seront nos choix, individuels et collectifs pour demain. Nous avons été attaqués parce que nous sommes français. Parce que l’on voudrait nous faire croire que notre devise de « liberté égalité fraternité » n’a plus cours et meme qu’il serait honteux d’y croire encore.
En surfant sur nos peurs, nos erreurs, on voudrait nous faire croire que ce temps est révolu et que nous ne sommes pas tous égaux dans notre citoyenneté. Ils nous diront très vite de renforcer le sécuritaire, soit,! Mais l’appareil législatif permet déjà de le faire sans avoir à en rajouter. Alors qu’ils le fassent et se taisent !

Parce que ce dont je suis persuadée aujourd’hui, c’est que si chacun faisait ce qu’il a à faire, nous n’en serions pas là. La belle affaire me direz-vous !!!

Oui, l’heure n’est pas à stigmatiser un tel ou un tel. Ces enfants de France, de Belgique, d’Europe, qui ont perpétré ces massacres barbares et lâches sont d’abord et avant tout des enfants qui ont grandi parmi nous.
A Courcouronnes, à Chartres, à Bobigny, Montreuil, à Bruxelles, peu importe. Ils ont grandi parmi nous, sont allés à l’école avec nous, et un jour, un jour parmi d’autres ont décroché. Parce qu’ils ne voyaient plus le chemin, la voie, et que ce qu’ils ont peut-être entrepris n’a pas fonctionné.
NON je ne leur trouve pas d’excuses, ils avaient le choix, on a toujours le choix, et ils ont fait le mauvais. Mais soyons sérieux cinq minutes, combien de force, d’énergie, certains doivent-ils déployer pour entrevoir ce choix ?
Alors oui il faudra les punir sévèrement, la question ne se pose pas. Mais il nous faudra aussi avoir cette exigence avec nous-mêmes !

Combien sommes-nous à avoir chaque jour un peu plus abandonné de terrain ? Pour de bonnes ou mauvaises raisons, mais combien sommes-nous ? Et je le dis sereinement, en tant que militante jour et nuit depuis plus de 20 ans.
Nous avons tous laissé sciemment ou non un petit bout de terrain vide.
En ne réagissant pas parce qu’on ne peut pas tout faire, en ne votant plus parce que ce sont tous les mêmes, en n’allant plus devant les professeurs en rendez-vous parce que l’éducation nationale c’est toujours pareil, en ne réagissant plus à chaque propos sexiste ou homophobe parce qu’ils sont si courants, en ne condamnant plus certains discours syndicaux, politiques parce qu’on a l’habitude…
Et je pourrais continuer tant la liste de nos petits renoncements est longue. En vrai, chacun de nous est concerné, chacun de nous est un petit peu responsable.
Soyons clairs aussi : toutes ces bonnes raisons, on ne les a plus ! Et ceux qui se les trouveront ne seront plus responsables.
Chacun d’entre nous a le devoir de faire sa propre introspection et d’en sortir lucide.
Parents, citoyens, salariés, fonctionnaires, entrepreneurs, syndicalistes, journalistes, intellectuels, politiques: chacun a le devoir de le faire… et d’en sortir plus exigeant avec les autres mais d’abord avec lui-même.
Nous ne devons plus accepter d’écouter Guéant à la radio nous faire la leçon alors qu’il vient d’être condamné à deux ans avec sursis. Ni la gauche, ni la droite républicaine, ni nous-mêmes!
Nous avons longtemps clamé nos droits chèrement acquis par nos anciens, il nous faut reprendre le chemin des devoirs.
Avons-nous tout fait pour l’emploi ?
Avons-nous tout fait pour la formation ?
Avons-nous tout fait pour l’éducation ?
Avons-nous tout fait pour garantir l’émancipation ?
Je ne le crois pas…
Alors plutôt que de nous laisser chanter que l’ennemi c’est l’autre, réapprenons à prendre nos responsabilités. Occupons les places que la démocratie nous tend.
Chacun a le droit à l’erreur, mais après ce que nous venons de vivre, aucun n’a le droit de ne rien faire.
S’indigner, ce n’est pas céder à l’incantation, s’indigner c’est devenir acteur, c’est participer à un projet, et arrêter enfin d’attendre qu’on nous le propose.
Et si on ne nous écoute pas, plus, alors soyons fermes et intransigeants ! Mais soyons le d’abord avec nous-mêmes…
Moi, je le serai…
Avec toute mon amitié à chacun.

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Yvan Lubraneski