Non classé — 23 décembre 2015

Cette année, il fallait sans doute attendre un peu pour présenter ses vœux. Chaque jour de la nouvelle année est venu alourdir les tensions laissées par la précédente alors que nous comptions tant sur elle pour nous faire oublier l’année 2015 et son cortège de changements et de difficultés qui sont venus transformer nos vies. De l’évolution de la vie politique avec l’émergence régionale de l’extreme droite à l’omniprésence de la menace terroriste, ces douze derniers mois nous ont transformé et l’enjeu pour nous est de prendre la mesure du changement sans aller pour autant dans la mauvaise direction et comprendre que c’est de notre démocratie qu’il s’agit. Face aux difficultés celles du travail, de tous les jours, comme face à la haine de certains individus, face à la bêtise ou face à l’injustice, il ne faut pas renoncer et se replier sur soi. La facilité serait de se dire que c’est le moment de revenir à des objets toujours plus petits toujours plus proches. Or ce n’est pas quand la maison tremble sur ses fondations qu’il faut se concentrer sur le papier peint des murs. Ces réactions de replis, compréhensibles au premier abord, sont souvent, avant tout, un prétexte pour laisser dehors, devant la porte, celui qui, dans la nuit et le vent, vient demander de l’aide.

On aurait voulu rester chez soi, regarder tout le bien – et à l’occasion les défauts – de ce qui nous est proche en laissant hors de vue le reste mais les attentats nous ont obligé à voir plus loin. Les meurtriers terroristes de franciliens ont été eux aussi des franciliens. Notre modèle social, celui au nom duquel sont proclamées nos valeurs et nos règles, ne fonctionne donc pas aussi bien que nécessaire. La preuve ? Sans contrainte, sur certains territoires franciliens, comme sur d’autres ailleurs en France, il ne produit plus l’adhésion d’une partie, réduite mais violente, de notre jeunesse. Ce constat n’est pas une excuse pour ceux qui individuellement choisissent de se mettre d’eux-mêmes au ban de notre société, il ne fait qu’honorer tous ceux qui, faisant face à des difficultés graves, restent d’honnêtes citoyens. Cependant, ce constat doit aussi, de manière globale être pour nous, tous les citoyens et en particulier pour tous ceux qui détiennent un mandat de représentant, une source de réflexion lucide et de bonne foi.

L’expérience de l’Essonne, nous permet de comprendre le chemin qui conduit à la perte de confiance dans la société et qui fait du combat contre notre société un séduisent mirage. C’est la fin de l’espérance pour soi et pour les siens d’une vie meilleure : la rupture de l’ascenseur social.
Depuis plusieurs années en Essonne, tous les acteurs de bonne foi : le conseil général jusqu’à récemment, des collectivités locales, les acteurs de l’emploi,de la lutte contre le chômage, de la formation, patrons et syndicalistes partagent ces constats. Ce partage renforce la capacité d’action au service de la communauté et souligne le besoin constant de dialogue social.
Il y a dans notre société un paradoxe : de toute notre histoire nous n’avons jamais connu un développement aussi fort de nos technologies, certains secteurs économiques connaissent une croissance exceptionnelle qui redonne confiance dans nos capacités à créer, à enrichir ce qui existe, à repousser nos limites. Cependant, pour une partie de la population, ces limites que les uns repoussent se font toujours plus présentes dans leur vie quotidienne qui se réduit. Faute de pouvoir partager l’espoir d’une vie meilleure, d’une ascension sociale ou plus simplement de la reconnaissance sincère de leur contribution à la société, ils se tournent vers d’autres sociétés, des contre sociétés.

Nous nous souvenons de la démocratie moderne, la nôtre, celle de la Révolution française. Elle est née par une déclaration, une affirmation contre les préjugés du temps, contre la réalité des faits de cette époque : « Tous les hommes naissent libres et égaux en droit ». Aujourd’hui, nous semblons avoir oublié cette fragilité initiale des fondements de notre société. Pour nous la liberté, l’égalité et la fraternité, ces piliers de l’idéal démocratique, ont été quelque peu banalisés en ne cherchant pas tous les jours à les rendre vivants.
Les inégalités doivent être au cœur de nos soucis politiques et leur réduction doit devenir l’objectif central de notre politique de l’emploi et de l’économie. Il en va de notre économie, nous le savons, il en va aussi de notre société mais il en va tout autant de notre démocratie. Cela nous le savons moins ou alors nous voulons moins le savoir.

Je veux donc vous souhaiter à tous une année pendant laquelle nos regards iront toujours plus haut, plus loin, une année qui refuse les renoncements et où chacun trouve en soi et avec les autres la force nécessaire pour se mettre à la hauteur des enjeux qui sont les nôtres. C’est pour cela, et parce que c’est difficile, je vous souhaite une année pleine de chaleur humaine, d’amitiés et de fraternité.

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Yvan Lubraneski