Idées Territoires — 29 avril 2017

La semaine dernière, l’Université Paris Sud a déclaré son intention d’adopter les principes de gouvernance proposés dans le groupe de travail de La COMUe de Saclay. Les grands organismes de recherche devraient se joindre mais les grandes écoles resteront sur le bord du chemin faute de vouloir s’intégrer en profondeur au projet d’une vaste université de rang international dans un contexte de concurrence croissante pour le savoir à l’échelle du monde. Au fond, il y a eu des le début un refus d’un projet universitaire qui impliquait la création d’une gouvernance globale pesant sur les choix stratégiques, la gestion des personnels et attribuant les diplômes, comme dans toutes les autres universités.

Peut-on parler d’un échec? Considérant les projets qui créaient un géant incluant HEC et Polytechnique, Centrale ou l’École normale supérieure de Cachan, OUI! On comprend rétrospectivement que l’appât des millions liés à l’Idex – qui est en suspend faute de gouvernance crédible – a poussé bien des partenaires avec de fortes arrière-pensées. Peut-on encore faire quelque chose de significatif ? Oui, si on tire les leçons de ce qui a conduit à cette situation.

Il faut acter qu’il s’agit d’un projet stratégique pour le pays et qu’en conséquence, il doit y avoir un pilotage beaucoup plus fort de la tutelle politique ainsi que de nombreux observateurs l’ont régulièrement souligné.

Il faut poser un choix sur la forme finale de l’Université de Paris-Saclay. Trop longtemps, des mots valises comme université confédérale – qu’il faut comprendre comme étant une université sans les diplômes communs – ont permis de repousser la question première et de maintenir l’ambiguïté aux profits de ceux qui voulaient la redistribution des fonds sans contribution au tout.

Une fois le cadre posé, il faut se donner les moyens d’un espace de vie académique, organiser une gouvernance démocratique, seule condition pour qu’une communauté universitaire sereine puisse se développer.

À moyen et long terme, l’enjeu va être la capacité de l’université à faire des arbitrages stratégiques considérant les configurations des champs du savoir, il s’agira alors de transférer des fonds, des personnels, de créer des postes dans un secteur du savoir plutôt qu’un autre, pour que cela soit fait de manière honnête, considérant les moyens engagés, il faut de la transparence, de la capacité de débat, de maturité institutionnel. On pourrait croire que le pilotage de court terme est une urgence mais l’université n’est pas une entreprise en pleine fusion acquisition. Ainsi, les femmes et les hommes qui cherchent, qui enseignent, qui y travaillent au quotidien sont la seule vraie richesse : dégrader humainement, matériellement, psychologiquement leurs conditions de travail revient à abîmer la science française de manière durable.

Aujourd’hui, Saclay reste un défi pour la politique française : c’est-à-dire un moment de choix où se joue le futur de la société et où celle-ci peut, en retour, peser sur son futur. En effet, il ne s’agit pas que de sciences, de recherche ou de formations de haut niveau, mais aussi d’un territoire, vaste comme le sud de l’Île-de-France avec toutes les forces mais aussi toutes les faiblesses qui peuvent être celles d’une marge de la métropole française. Les conditions nécessaires à l’émergence d’un cluster dans le sud de Paris imposent aussi une attention approfondie aux dynamiques du territoire au delà des structures scientifiques. On ne crée pas de dynamiques collectives durables sans que ce soit tout le territoire qui partage le projet. L’ensemble de l’enseignement, de l’emploi, de la formation, du financement des entreprises doit être pensé et soutenu en même temps que le projet universitaire pour que celui-ci soit viable.

Alors que la concurrence mondiale met nos territoires en tension et creuse les injustices, avec Saclay, l’Université mais aussi le territoire, l’enjeu était – est encore – de créer des dynamiques qui vont au delà de la science, des recherches et de leurs applications pour irriguer en continu un tissu qui alors n’est plus seulement économique mais qui redevient social, durable et citoyen, bref, politique.

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Yvan Lubraneski